Au rez-de-chaussée un gîte d'étape peut recevoir 15 occupants. Ils sont maintenant très confortables, soignés. La capacité d'accueil des gîtes est de 38 occupants. Aujourd'hui Léoncel est un site "touristique" avec l'auberge,mais si c'est la restauration de l'église qui a déclenché tous ces équipements et même maintenant un magasin... ce n'est plus l'église qui motive des week ends le plus souvent, mais bien la nature.

Nous avons voulu un site de nature, de culture, de recueillement. ."Léoncel, Site d'Europe",.en a le potentiel. Nous avons été encouragés dans ce sens par le Conseil Général. Mais il a changé de majorité politique et sans nulle autorité pour en décider, reconnaît pour interlocuteurs et partenaires les Amis de Léoncel, la Mairie et le frère Pierre. C'est ainsi que le Conseil Général a fait d'importants travaux devant l'église. Nous n'avons pas été consulté. Les Amis de Léoncel m'avaient exclue contre tout droit en 1999, faisant ainsi la place du frère Pierre.


Dans ce mémoire, que je rédige au moment où nous faisons appel à la Justice, je ne veux pas anticiper sur ses décisions. Mais seulement faire une chronique des événements tels que je les vécus et la partager avec ceux qui me l'ont demandée. J'ai oublié sans doute beaucoup de moments forts de cette période mais comment oublier ce lundi 10 avril 1989. Il est 20 heures passées de quelques minutes...


Nous n'avons rien entendu, ni nos voisins que nous interrogerons plus tard.. Un Commandant de Gendarmerie frappe à ma porte. Il m'annonce que l'avion Paris Valence, un Fokker 27, vient de s'écraser contre la paroi verticale de Pierrechauve, près du col de Tourniol. Commence alors une nuit, des jours, un mois d'horreur. Des personnes vont affluer. La nuit est glacée, givrée. Les équipes de secours risquent leur vie sur les pentes verglacées, qui mènent à l'épave, elle-même disloquée sur des centaines de mètres. Mais il n'y a aucun survivant ,annonce-t-on assez vite. Peu à peu arrivent dans des sacs plastique5les restes déchiquetés des victimes. On les dépose dans le "cloître".. Toute la nuit les familles arrivent pour reconnaître les victimes. Certaines contestent le regroupement des restes. Il est parfois difficile en effet. Cinq enfants ont péri. Les familles laissent éclater parfois très bruyamment leur douleur, leur horreur, leurs violences verbales devant les causes de cet accident. Quelques mètres plus haut, et l'avion passait. Mais aurait-il éviter le clocher de l'église???Quelques fractions de seconde en ont décidé.
Les familles arrivent de Hollande, d'Allemagne... .Prévenir les familles ne fut pas chose facile et l'aéroport de Chabeuil était fermé à cette heure!
Pour nous, pendant des jours et des semaines nous avons été à la disposition des familles pour réconforter, aider aux démarches administratives. Les maires de Léoncel et de Barbières ne sont-ils pas allées jusqu'à revendiquer le lieu exact de l'accident. L'a pic de la paroi est de 600 mètres, à la verticale.. Où passe la limite entre les communes?Pitoyable discussion en ces moments.. J'ai peine à l'écrire mais j'ai saisi là je crois, un aspect du caractère de cet âpre Vercors.
Nous avons aidé à préparer la célébration oecuménique qui a lieu deux jours après. Arméniens, Protestants, Catholiques ...ont prié ensemble dans l'abbatiale o+alignaient en deux rangées lek cercueils des victime. Un pasteur, un prêtre arménien entourent Monseigneur Marchand sans nulle préséance. Y en-a-t-il dans la mort?? Quatre jeunes enfants parmi les 22 victimes.. Ils sont maintenant nos protecteurs auprès de Dieu et je les invoque souvent. L'un d'eux a confié à sa mère avant de prendre l'avion:"Je voudrais aller plus vite que la lumière,
Je voudrais savoir parler aux animaux,
Je voudrais être immortel!"


Un autre tenait dans ses mains en montant dans l'avion, un bocal avec ses poissons rouges. Il avait fait,peu avant un dessin vraiment prémonitoire:le sommet d'une montagne terminé par une croix; en contre-bas, une église, et, entre les deux, comme un fantôme, flottant dans les airs, agitant ses bras.. Comment ne pas se poser de questions???

J'ai gardé précieusement tous les documents relatifs à cet accident. Surtout les lettres des familles. Elles témoignent le plus souvent de la Foi de leurs auteurs.
Les années ont passé. Un monument très sobre au sommet du col,rappelle aux passants qui s'y arrêtent volontiers maintenant, que 21 victimes ont tombées . La vingt-deuxième,un jeune garçon de 12 ans,n'y figure pas,à la demande des parents: le grand'père en est mort de chagrin...


C'est le moment pour moi de mieux situer Xavier de Muyser. Car c'est au soir de ce terrible accident que j'ai commencé un zona "géant" qui allait handicaper ma vie jusqu'à
aujourd'hui. .Je n'étais qu'une plaie dans le dos,l'épaule droite. Incapable d'assumer dès lors les visites la gestion etc ... de Léoncel. J'aurais dû arrêter là, brusquement. Sa venue providentielle allait modifier radicalement la vie de l'Abbaye. Il apprit très vite tout ce qui concernait  l'Histoire du lieu, et se mis à la disposition des visiteurs, ravis de trouver un guide dans 6 ou 7 langues. La vie changez pour moi avec ce compagnon permanent.. Jusqu'ici je prenais,l'été,un ou deux jeunes de Léoncel ou apparenté. Xavier allait désormais assumer,presque entièrement, la vie de relation de l'abbaye. Les Amis de Léoncel grâce à un CES, le prirent comme correspondant.. On vendit beaucoup de cahiers de Léoncel pendant cette période. Je n'ai pas parlé des jeunes de familles de Léoncel que je prenais chaque été. Mais tout au début ,l'association CASA fut présente. Elle dû y renoncer au profit de sites plus visités.
Xavier habitai chez moi jusqu'à l'achat de la Maison Saint Hugues en 1989. Sans lui,il est certain que la restauration se serait arrêtée car les Amis de Léoncel ne s'investissaient pas sur place et se consacraient, à l'extérieur, aux conférences, expositions etc... en sorte que dans l'esprit de beaucoup c'étaient les Amis de Léoncel qui assuraient la restauration.. Cela me gênera considérablement par la suite.
Xavier apprit le flamand, le hollandais ... et pu ainsi vendre beaucoup d'icônes... C'est en partie parce que je ne pouvais loger Xavier dans mon gîte plus longtemps1que j'ai demandé au diocèse d'acheter la seule habitation possible: ce qui allait devenir la Maison Saint Hugues Le rôle discret et compétent de Xavier, a donné à Léoncel un caractère plus professionnel. Et très familier à la fois .
Je fais une rapide mention de ce qui a attiré beaucoup de monde à Léoncel, je veux dire: les "cousines". En effet j'avais attiré outre ma soeur, grand'mère de Xavier, la cousine de Bretagne, les deux cousines de Romans,ainsi que Jacqueline, femme de mon cousin Paul Morel. Après une vie en dents de scie, elle finissait dans la misère ayant connu les fastes de son père l'Amiral Rivet. C'est à Léoncel qu'elle se remariera avec Gérard Faucheur. C'est au cimetière de Léoncel qu'elle repose. [aux côtés de la Soeur n.d.l.r.]


Nous avons,à plusieurs reprises,hébergé des personnes en recherche ou en difficulté,à partir du moment où nous avons disposé de la Maison Saint Hugues,dont je parlerai plus loin.

Le Frère Bernard Marie avait été un des premiers compagnons du Père Delfieu. Pour des raisons que j'ignore, il n'y était plus désirable. Il était parti un an,dans un ermitage des Alpes de Haute Provence : Notre Dame de Lure. Il nous était envoyé par des amis communs apiculteurs de Chabeuil. Il avait une très belle voix et aurait psalmodié les journées et les nuits entières. Il en était devenu tyrannique et comme Monseigneur Marchand ne voulait lui promettre une ordination devenue devenue une obsession, il fallut nous séparer de lui. Ce ne fût pas chose facile.

Par contre le séjour d'une future carmélite, à Roanne, fût une joie simple et silencieuse

.Quant à Gérard Séel il nous tomba du ciel un jour pour un séjour indéterminé. Il est resté plus de deux ans et demi !!!!Il s'installa dans la chambre à côté de Xavier; il s'installa dans notre vie spontanément, heureux d'avoir trouvé plus qu'un toit, une communion. C'était une chance pour nous d'un côté,mais cela posa plus d'un problème avec le diocèse. Gérard était un excellent photographe équipé des meilleurs appareils. Il fit les photos du livre dont Emmanuel Masquelier fit les superbes textes: "Lumières de Léoncel".. Il ne fût pas facile de trouver un éditeur, n'ayant pas les moyens financiers,comme pour "Léoncel, abbaye cistercienne". Gil Bouchet accepta l'aventure . Nous avons acheté autant de livres à l'avance que nous le permettaient nos disponibilités, et la revente était au prix des libraires.

Mais ce livre, très beau aux textes parfois difficiles, rencontre assez peu la demande.

C'est la brochure "Voir Léoncel" avec ses nombreuses rééditions et ses améliorations, qui rencontre le mieux la demande.

Dans la cour, propriété de l'ancien maire, André Bouchet, un bâtiment en partie écroulé,mais conservant l'emplacement du bâtiment des convers et quelques éléments suggestifs,avait échu à sa dernière fille, Régine. Avec son compagnon, François, elle en fit une remarquable restauration. Ils habitent le rez-de-chaussée et deux gîtes très bien conçus,font du site de l'église un ensemble équilibré,si ce n'est le bâtiment de l'Office National des Forêts. Il est heureusement investi dans de grands arbres.

Et je dois maintenant parler de ces terribles orages, habituels à l'automne C'est une sorte de cyclone qui s'abattit pendant deux jours. Il déracina des forêts entières vers le col de la Bataille. Tout a été replanté depuis mais des espaces en portent les cicatrices.

Vers 1989, l'élan de la restauration promettait un afflux de visiteurs: comme je l'ai dit,"Nature, culture,recueillement"...chacun trouvait dans ce vallon, l'espace accordé à son attente. Néanmoins , il n'y avait pas de structure d'accueil et c'est dans mon très petit gîte personnel,que j'étais contrainte, chaque jour,d'offrir thé, café ou grog ... projection de diapositives, consultation de documents etc ...
J'avais appris que l'extrémité sud du bâtiment conventuel, était peut-être à vendre. Après de difficiles et longues tractations, avec le Père Combe-Laboissière, économe du diocèse, le propriétaire, beau-frère de l'ancien maire, finit par conclure: le prix devait lui permettre de bâtir une maison pour sa retraite. En septembre1989, l'acte de vente était signé chez Maître Claude Bady, la première présidente des Amis de Léoncel, au prix de 450 000 F d'alors. Léoncel, obtint une subvention de 150 000 F du Conseil Général;selon un descriptif; Le premier étage est affecté au logement du gestionnaire. Une subvention de réhabilitation d'un immeuble en demi-ruine servit à payer les frais de notaire.

Léoncel maintenant était devenu un lieu très recherché et il fallait penser à l'avenir.

La COSME en ma personne avait apporté 310 OOOF lors de l'achat et des travaux. La maison était délabrée et les travaux de restauration coûtèrent plus de 650 000 F à l'ADV, c'est à dire : Association Diocésaine de Valence qui gère les affaires temporelles du Diocèse..

Après ces travaux la maison était une "coquille vide".La COSME décida de prendre à sa charge tous les équipements permettant d'utiliser cette maison selon son objectif.

En 1991 tout était achevé et la maison pût commencer à accueillir les visiteurs dans la salle d'entrée; la salle Saint Hugues, elle, pouvait recevoir une trentaine de personnes pour des conférences, projections ... Le" dortoir" au second,par un miracle d'astuces pouvait recevoir
une dizaine de personnes dans des box très confortables, exécutés par notre ami menuisier d'art,Michel Kreckelberg,d'Oriol en Royans.

La COSME investit 1 200 000 F. Le père Combe Laboissière et moi-même avons convenu que ces investissements, sensiblement égaux du diocèse et de la COSME étaient à fond perdu, le diocèse était propriétaire légal, la COSME gérait à ses frais la Maison Saint Hugues,

 Nous n'aurions pu cependant en assumer le fonctionnement sans les ventes du chalet des Icônes.

J'y travaillais la nuit le plus souvent!!! Dans la journée j'étais prise par les visiteurs ou les travaux de restauration. Au début j'accrochais les icônes dans l'abside; dès qu'on pût y célébrer. Puis dans diverses parties de l'église ou du "cloître".Finalement,il fallut inventer un local indépendant. C'est alors que je décidais avec mon entourage, Xavier n'était pas encore à demeure, d'acheter un petit chalet en bois, "abri de jardin". Je le faisais poser dans la cour, malheureusement sur un terrain appartenant à la famille Bouchet qui voulait utiliser cet emplacement.  Plus tard j'ai donc dû faire venir une grue pour le transporter là où il est maintenant..

Je m'étais assurée que la pose de cet abri n'exigeait pas de permis de construire. Et, d'autre part, que le chiffre d'affaires estimé ,était compatible avec les statuts de la COSME. .

Ce chalet allait susciter la hargne du frère Pierre, si bien qu'il loua à la Commune un local pour y faire son propre magasin. Mais notre chalet et ce magasin n'ont pas le même régime "fiscal". Nous vendons ce que nous produisons;essentiellement, tandis que le Frère achète et revend : c'est du commerce.!!!

A plusieurs reprises il a essayé de nous faire enlever ce chalet. Le motif officiel est qu'il défigure le site d'un monument classé. Jusqu ici, la Préfecture a fait la sourde oreille et les années passent et le chalet est toujours là. Je pense qu'après 25 ans il y a prescription...

Il y aurait bien encore de ces menus événements qui tissent le visage d'un lieu ... En 1996 Léoncel est devenu si fréquenté que la Commune fera poser une chaîne en travers, à l'entrée du chemin!!!. Le parking se remplit souvent.

Tout ce monde anime un moment Léoncel, qui rentre dans sa solitude, tandis que dans les fermes isolées,les voitures de quelques visiteurs rompent le silence qui monte des siècles cisterciens.

 

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